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ROCHEFORT Charles de Le Tableau de l’isle de Tabago ou de la Nouvelle-Oüalchre, l’une des isles Antilles de l’Amérique

VENDU

Leyde, Jean Le Carpentier, 1665

In-8 (153 x 902 mm) 8 ff.n.ch., 146 pp. (erreurs de pagination à la fin, mal chiffrées 143). Vélin ivoire, dos lisse (reliure de l’époque).

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Rarissime édition originale Exemplaire offert par l’auteur

Sabin 72324 ; Alden-Landis, III, 665/174 ; John Carter Brown, III, p. 137 ; Leclerc, 1147 ; manque à Chadenat ; voir Boucher de La Richarderie, VI, p. 193 (pour la nouvelle édition).

Édition originale rarissime du rapport du huguenot Charles de Rochefort sur l’ile de Tobago. Ravissant exemplaire en vélin souple de l’époque, comportant un ex-dono de l’auteur à Charles Drelincourt, un médecin français installe a Leyde.

Souvent attribué à tort à son contemporain, le lexicographe César de Rochefort (1630-90), ce livre sur Tobago a été rédigé par le naturaliste et pasteur protestant français Charles de Rochefort (1605-1683).

Installé aux Pays-Bas, ce dernier se rendit à plusieurs reprises aux Antilles entre 1636 et 1648, ces informations étant confirmées par Rochefort lui-même dans l’édition de 1681 de son Histoire Naturelle et Morale des isles Antilles de l’Amérique : “les îles de l’Amérique, dont nous avons donné les descriptions et les tableaux au naturel, dans l’état auquel elles étaient ès années 1636 et 1648, que nous avions le contentement d’y habiter”. Ses voyages et les observations qu’il a faites au cours de ceux-ci donnèrent lieu à deux livres, le présent ouvrage et la populaire Histoire Naturelle et Morale des isles Antilles de l’Amérique, qui fut traduite en plusieurs langues.

Ces deux ouvrages provoquèrent des accusations selon lesquelles Rochefort écrivait en fait pour le gouverneur français de l’île de Saint-Christophe (aujourd’hui Saint-Kitts), Philippe de Longvilliers de Poincy, « le premier capitaliste sucrier des Antilles ». Ce dernier possédait le plus grand nombre de plantations de cannes à sucre et de tabac des Caraïbes et tirait profit de la traite transatlantique des esclaves. Poincy se vit d’ailleurs rapprocher sa trop proche collaboration avec les colons huguenots Il semble qu’il rédigea les préfaces de chacun des livres de Rochefort.

Le récit de Rochefort sur Tobago décrit l’île avant sa conquête par les Anglais en 1666 et fournit de nombreuses informations sur les plantations établies par les riches commerçants et esclavagistes néerlandais, Adrian et Cornelius Lampsins (ou van Lampsin) en 1654. Ces deux frères dominèrent l’île pendant une décennie, évinçant les premiers colons venus de Courland (l’actuelle Lettonie) et recevant le titre de « barons de Tobago » de la part de Louis XIV.  Outre Tobago, les frères Lampsins avaient également établi des plantations éphémères à la Martinique et à Saint-Thomas à la fin des années 1650.

Dans son introduction Rochefort indique que “ce tableau que nous présentons n’est qu’une pièce détachée de notre Histoire naturelle & morale des Antilles” mais il poursuit en indiquant avoir puisé beaucoup de nouveaux détails apportés par “Monsieur Chaillou, l’un des pasteurs de la colonie de la même Isle de Tobago & qui en est retourné depuis peu avoir mis entre les mains plusieurs excellens mémoires, qui nous ont donné l’occasion & fourni en riche matière, d’amplifier ce que nous avions déjà dit ailleurs & d’en former cette relation toute particulière, en faveur d’un nombre bien considérable“.

Divisé en quinze chapitres on y trouve une multitude de détails sur Tobago et les premières activités de colonisation européenne. Commençant par la situation géographique il aborde le climat, la qualité du sol, les plantes et herbes utilisables pour la nourriture, pour la médecine et pour la teinture (il évoque d’ailleurs plusieurs sortes de palmiers). Il poursuit sa description avec des détails sur l’ornithologie, sur les quadrupèdes, sur les poissons et sur les coquillages, ainsi que et des vivres que l’on peut y récolter (manioc, patates, fruits, etc).

Il évoque également des boissons alcoolisées tel qu’une bière locale et un vin à base de canne-à-sucre (p. 54-55).

Ensuite sont décrites les activités commerciales, notamment la production de tabac, d’indigo, de gingembre, et de coton. Après un court aperçu sur l’histoire de la colonisation Rochefort fait l’éloge de cette île pour attirer de nouveaux colons dans le chapitre XIV intitulé “des Avantages qu’on peut attendre de cette île & des singularitez qui s’y trouvent“. Car, selon lui, cette île “ne nourrit aucune bête vénimeuse“. Il décrit les routes à prendre en partant de Flessingue (dans la province Zeelande) et vante les navires de M. Lampsins “grand et forts, bon à voile & parfaitement bien munis de canons et de toutes les provisions qui sont requises à de pareilles entreprise”.

“Rochefort a remplacé son épître par une dédicace, qu’il signe désormais de son nom, au gouverneur hollandais de Tobago Hubert de Beveren. Au-delà de l’aspect conjoncturel, le choix d’un nouveau dédicataire reflète les transformations profondes qu’a subies le texte. De deux pages dans l’édition originale, l’article consacré à Tobago passe à seize pages. À Leyde la même année, Rochefort fait paraître sans nom d’auteur “une pièce détachée de [l’]Histoire”, intitulée Le Tableau de l’île de Tabago, ou de la Nouvelle Oüalchre, l’une des îles Antilles de l’Amérique. L’ouvrage est dédié aux marchands de Flessingue Adriaen († 1665) et Cornelis Lampsins (1610-1664), les promoteurs de la colonisation hollandaise de Tobago, qui ont remis la commission de gouverneur à Beveren en 1655. Le discours énonciateur s’ancre désormais ouvertement dans une rhétorique protestante. Dans la dédicace Rochefort fait l’éloge du gouvernement de Beveren, qui a fortifié l’île, expulsé les sauvages et favorisé le commerce. Il vante aussi le zèle avec lequel le gouverneur promeut la Religion prétendue réformée dans l’île. Au fil du récit, l’auteur de l’Histoire décline les arguments classiques de l’œuvre de propagande coloniale : la qualité de la terre, le grand nombre de cours d’eau, le climat tempéré, l’absence d’animaux venimeux et d’ouragans, etc. L’objectif de cette “géographie des délices” est moins de dire la vérité que de convaincre, en trompant si nécessaire le lecteur. Mais surtout à l’inverse des récits sur les îles françaises, Rochefort assure qu’il existe une réelle continuité entre le gouvernement de Tobago et celui de Hollande, juste et modéré. Et la métaphore se poursuit à propos du gouvernement spirituel : “Les Églises de l’une et de l’autre langue que le Seigneur y a recueillies, c’est-à-dire tant la flamande que la wallonne, sont aussi conduites par le ministère des pasteurs des anciens et des diacres, de même que celles des Provinces Unies auxquelles elles sont associées, sous la direction d’une même discipline ecclésiastique et l’inspection de leurs synodes”. Tobago devient, sous la plume de Rochefort, un véritable pays de Refuge, qu’il est aisé de gagner” (Benoît Roux. Le pasteur Charles de Rochefort et l’“Histoire naturelle et morale des îles Antilles de l’Amérique” in Cahiers d’Histoire de l’Amérique Coloniale, 2011, pp. 200-201).

Ouvrage rarissime dont nous n’avons pu tracer un seul exemplaire passé en vente publique depuis 100 ans. Il faisait défaut à la collection Chadenat qui possédait plusieurs exemplaires de l’Histoire Naturelle des Antilles.

Titre et premier feuillet de dédicace légèrement coupés en marge blanche et anciennement restaurés ; petites taches.

Provenance :  Drélincourt ; mention manuscrite sur la garde « Don de l’auteur, à Rotterdam – 1665 » – signatures de Mariette Comte, de L. Caille, et de Lucien Caille sur la garde. Charles Drélincourt (1633-1697) était un important médecin et anatomiste français, installé à Leyde comme professeur à partir de la fin des années 1660.

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