MARTIN DE VITRÉ François Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l’An 1603. [including separate title pages for the Description et Remarque de quelques animaux, episceries, drogues… and the Traicte du Scurbut].

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Paris, Laurens Sonnius, 1604

In-8 (168 x 105 mm), 4 ff.n.ch., 134 (i.e. 131) pp. ch. Vélin ivoire souple de l’époque.

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Le premier récit d’un témoin oculaire sur les Indes orientales

Atkinson 444 ; Brunet, Suppl. I, 920 (ne citant que la deuxième édition) ; cf. également Denys Lombard, « Martin de Vitré. Premier Breton à Aceh (1601-1603) », Archipel 54 : 3-12 (1997).

Edition originale extrêmement rare du premier récit français sur les Indes orientales. Superbe exemplaire en vélin de l’époque.

L’ouvrage est l’œuvre de l’aventurier français François Martin de Vitré (vers 1575-vers 1631) qui, à son retour en Bretagne depuis les Indes orientales en 1603, rédigea ce récit vivant à la demande du roi Henri IV (1553-1610). Cette relation inspira le roi en 1604 à fonder la première Compagnie des Indes orientales, dans le but d’exploiter les trésors décrits dans l’ouvrage (cf. Lombard, « Martin de Vitré, Premier Breton à Aceh »).

Probablement engagé comme chirurgien de bord à bord du Croissant, François Martin de Vitré, accompagné de plusieurs compagnons de Saint-Malo et de Laval, quitta la Bretagne en 1601 et contourna le cap de Bonne-Espérance en mai de la même année. Le navire jumeau du Croissant, le Corbin, fit naufrage aux Maldives, mais Martin réussit finalement à atteindre Ceylan et à commercer avec les Aceh à Sumatra. Lors de son voyage de retour, il fut capturé par les Hollandais au cap Finisterre, mais finit par rentrer en France en 1603. Dans sa préface, Martin résume les incursions des puissances européennes en Orient et déplore la lenteur des Français à exploiter les richesses de la région : « Cela m’a fait déplorer le défaut des Français, qui, plus que toute autre nation, sont dotés d’une vivacité d’esprit et d’une formidable valeur, mais qui ont néanmoins langui si longtemps dans un sommeil d’oisiveté, ignorant les informations sur les trésors des Indes orientales grâce auxquels les Portugais et les Espagnols se sont enrichis » (p. 3).

Dans les deux premières parties de l’ouvrage, Martin consacre une large place à la description de la flore, de la faune et des questions commerciales propres aux régions qu’il visite (plantes aromatiques, épices, cultures, l’éléphant, le rhinocéros et le tigre, le crocodile, la tortue et l’oiseau de paradis, le bétail, la chasse, les bois, les poids et mesures, la monnaie, etc.), mais il inclut également de nombreux détails anthropologiques. Manifestement, en bon marin breton fougueux, Martin, dans son chapitre sur les « mÅ“urs et coutumes que nous avons observées pendant notre séjour aux Indes » (pp. 38-66), s’attarde principalement sur les femmes – la prostitution des femmes non mariées, leurs parfums, leurs rituels de bain, leurs remèdes et les châtiments infligés en cas d’adultère. Il note également les gestes de salutation (les deux mains jointes devant le front), les coutumes matrimoniales (« ils peuvent épouser sept femmes s’ils ont les moyens de les entretenir ») et fournit des rapports détaillés sur les traditions et les rouages de l’hindouisme et de l’islam. Il mentionne que les marchands turcs sont des visiteurs fréquents de ces contrées et écrit avoir vu un canon de fabrication chinoise. L’intrigant dictionnaire de quatre pages de Martin, contenant des mots utiles au voyageur, comprend une section sur le comptage en malgache, la langue de Madagascar. Le volume contient également un « dictionnaire » bref mais significatif de la langue malaise, décrite ici comme « élégante et facile à apprendre, comme le latin » (« fort beau & facile à apprendre … comme le latin en Europe »). 

Enfin, dans son rôle présumé de chirurgien de bord, Martin rédigea une troisième section traitant du scorbut, recommandant entre autres remèdes l’utilisation d’agrumes et d’une préparation aqueuse d’alun.

Comme le montre clairement la page de titre, Martin était pleinement convaincu d’avoir été le premier Français à atteindre les Indes orientales, et il est probable que ses compatriotes le croyaient également. Une ode préliminaire célébrant le voyage de Martin («Sur la Navigation du Sieur François Martin de Vitré»), rédigée par une certaine «Madamoyselle de Beau-Lieu», affirme la primauté de Martin. Cela suggère que le voyage (inédit) des frères Parmentier aux Indes orientales en 1529 était depuis longtemps tombé dans l’oubli en France à l’époque de l’expédition de Martin. Un sonnet à la fin du volume, signé « De Fontenay », a sans doute été écrit par l’un des humanistes français les plus importants et les plus francs de son époque, Nicolas Rapin, sénéchal de Fontenay (1535-1608), qui conclut son hommage par une prédiction de la renommée durable de Martin : « il aura donc un nom durable en l’Univers ».

L’OCLC ne répertorie que deux exemplaires aux Etats-Unis de cette première édition de 1604 : à la NYPL et à la James Ford Bell Library du Minnesota (incomplet de deux pages préliminaires). L’ouvrage a été réimprimé en 1609, et pour cette deuxième édition, l’OCLC ne localise des exemplaires américains qu’à Harvard et au Boston Athenaeum.

Signature I légèrement déreliée. Magnifique exemplaire parfaitement conservé de ce livre rarissime.

UGS 2026-05-0012 Catégorie Étiquettes , , ,