VENDU
In-8 (161 x 106 mm) 24 ff.n.ch., 424 pp., 8 ff.n.ch. Vélin souple à recouvrement, conservés dans un coffret italien du XVIIIe siècle (reliure de l’époque).
1 en stock
Borba de Moraes, I, 468-469 ; Rodrigues, 1391 ; Sabin, 40148 ; Church, 124; Alden-Landis, 578/47 ; Garraux, 161 ; Maggs, Bibliotheca Brasiliensis, 70 ; Brun, 238.
Édition originale extrêmement rare de l’un des ouvrages les plus importants consacrés au Brésil. Exemplaire ayant appartenu au grand bibliographe brésilien Borba de Moraes.
« This book is enchanting. It is literature. Let’s leave ethnology to the ethnologists and let the public read The History of a Voyage to the Land of Brazil as a great work of literature. And also as an extraordinary adventure novel. Take stock of what Léry recounts: for a year and a half, it never stops. During the outward journey, which lasted nearly three months, there were storms, boardings, cannonades and pillaging. The return journey was even more terrible […] As for the stay in Brazil, Léry’s marvelling account is worth the wildest adventures. » Claude Lévi-Strauss.
Cette première édition très rare commence par une épître dédicatoire à l’amiral de Coligny. « Lery, ministre protestant, s’étoit embarqué avec deux autres ministres, pour aller établir une colonie de réfor-més au Brésil, sous la protection de l’amiral de Coligny, qui y avoit fait bâtir un fort, et auquel il a dédié sa rela-tion. Ce projet n’ayant pas réussi, Lery revint en France ety publia son Voyage, où il relève vivement toutes les erreurs qui se trouvent dans la France antarctique, de Thevet. L’esprit d’intolérance dont étoit animée alors la cour de France, qui tenoit pour suspects tous les ouvrages sortis de la plume d’un protestant, vraisemblablement ne permit pas à Lery d’indiquer la ville où il avoit fait imprimer deux fois sa relation. […] La relation de Lery décèle un observateur supérieur son siècle, soit par l’étude qu’il paroit avoir faite du caractère et des mœurs des Sauvages, soit par ses judicieuses remarques sur tous les objets tenant à l’histoire naturelle.[…] Sous le titre de Colloque, sa relation renferme une espèce de vocabulaire assez étendu de la langue brésilienne. En parlant de l’expédition de Villegagnon, qui avoit formé le premier établissement de la petite colonie du Brésil, le président De Thou fait l’éloge des lumières a de la véracité de Lery. » (Boucher de la Richardière, VI, 271-272.
Militant calviniste par vocation et ethnographe par hasard, Jean de Léry (1534-1613) était âgé d’une vingtaine d’années lorsqu’il arriva au Brésil. Réfugié à Genève, il fut envoyé par Calvin, avec treize autres Genevois, rejoindre Nicolas de Villegagnon, qui venait de fonder la « France Antarctique », afin d’aider la colonie protestante établie sur « l’île de Villegagnon », une colonie française dans la baie de l’actuelle Rio de Janeiro. Dès le départ, le projet d’établir cette « République chrétienne » sous les tropiques s’appuyait sur le soutien conjoint du cardinal de Lorraine et de l’amiral de Coligny. C’est principalement grâce à ce dernier que Nicolas de Villegagnon réussit à organiser une importante force expéditionnaire composée de soldats et d’artisans qui débarqua à Rio en 1555 et s’installa sur une petite île à l’entrée de la baie de Guanabara. Les Français construisirent un fort, qui fut baptisé Coligny. Cependant, Villegagnon dirigeait sa colonie d’une main de fer, ce qui suscita le mécontentement de nombreux colons. Des complots et des rébellions éclatèrent alors, ce qui conduisit Villegagnon, au début de l’année 1556, à écrire à Calvin, son camarade de la faculté de droit d’Orléans, pour lui demander d’envoyer un contingent de partisans de la foi réformée à Rio de Janeiro afin de trouver une solution aux conflits qui minaient la colonie de l’intérieur.
C’est ainsi que quatorze huguenots, envoyés par Calvin, débarquèrent en 1557 sur l’îlot de la baie de Rio, parmi lesquels Jean de Léry. Cependant, leur arrivée ne résolut pas les conflits qui déchiraient la France Antarctique et conduisit au contraire à la désintégration et au déclenchement d’un conflit religieux majeur. Les calvinistes finirent par quitter le fort Coligny et cherchèrent refuge sur le continent auprès des Tupinambás. Léry et ses compagnons furent alors contraints de partager la vie de ces Indiens cannibales avant d’être définitivement expulsés du Brésil le 4 janvier 1558. Il réussit à rentrer en France le 24 mai 1558 après un voyage éprouvant marqué par une terrible famine.
Le récit de son séjour, qu’il ne publiera qu’en 1578, soit 20 ans après son retour en France, dresse un portrait saisissant de l’humanité primitive. À travers des anecdotes hautes en couleur et des observations passionnées, sa description de la vie des Indiens parmi lesquels il a vécu pendant neuf mois ne laisse rien de côté : leur environnement, leur quotidien, leurs relations familiales, leurs coutumes, leurs croyances religieuses, leurs habitudes culinaires, les scènes de guerre, le cannibalisme…
Claude Lévi-Strauss, père de l’ethnologie moderne, considère Jean de Léry comme l’un de ses prédécesseurs. « Je ressens une complicité, un parallélisme entre l’existence de Léry et la mienne », déclare Lévi-Strauss.
Dans le chapitre « Des Cannibales » des Essais, Montaigne fait l’éloge paradoxal du « sauvage ». Après une digression sur les changements géographiques qui auraient pu affecter le monde et expliquer la présence d’un continent inconnu, Montaigne procède à une sorte de résumé de Léry, qu’il ne mentionne jamais nommément : habitat, alimentation (où l’on reconnaît le « cahouin » et le manioc), coutumes guerrières. Le nom même de « cannibales » est absent du chapitre, sauf dans son titre. Cannibal est en fait dérivé de Carib, un groupe ethnique des Petites Antilles. Les Cannibales que nous présente Montaigne sont en fait les Tupinambás, décrits précédemment par Jean de Léry en 1578. Les Tupinambás du Brésil étaient certes cannibales, mais ils étaient les meilleurs alliés des Français dans leur lutte contre les Portugais lors de la brève aventure de la France Antarctique, fondée en 1555 par Villegagnon dans la baie de Rio de Janeiro.
Notre exemplaire porte le nom de La Rochelle sur la page de titre. Un autre exemplaire est connu, décrit par Brunet, sans le nom de la ville. Il semblerait que le tirage mentionnant le lieu d’impression soit plus rare – les deux exemplaires numérisés à la Bibliothèque nationale de France font partie du tirage sans indication du lieu d’impression.
Selon Borba de Moraes, il existe deux tirages qui se distinguent par une parenthèse au bas du folio a3v. Le nôtre appartient au premier et est, selon Borba, « plus difficile à trouver ». Il y a également quelques erreurs de pagination aux pages 126, 239, 270, 286, 311, 314, 319 et 366 (numérotées incorrectement 124, 22, 170, 186, 295, 414, 303, 352, respectivement). Contrairement à ce qu’indique Church, la page 255 est correctement paginée ici.
‘In a long preface to his book, Léry refutes all untruths contained in Thevet’s work. He attacks him mercilessly, calling him “a liar and impostor”. The fact remains, however, that Léry made extensive use of Thevet’s book to describe the manners and customs of the Indians, and the flora and fauna of Brazil’ (Borba).
Le vocabulaire important mentionné par Boucher de la Richardière occupe le chapitre XX (pp. 341-377). Intitulé « colloque », il contient des détails sur les mots des « Toupinambaoults & Toupinenquin » et leurs équivalents en français.
Le récit est illustré de six gravures sur bois pleine page (dont une est répétée) représentant des Brésiliens dans diverses activités et tenues : avec leurs familles, armés (répété), recevant des visiteurs, en tenue de fête entourés d’animaux et de fruits, et en deuil. Les décorations corporelles réalisées par scarification sur certains des personnages sont clairement visibles.
‘The plates illustrating the book were drawn, if not by Léry himself, under his close scrutiny, and are very faithful ethnographic documents. These plates are not the same in all editions’ (Borba).
Extrêmement rare sur le marché, nous n’avons pu retrouver que trois exemplaires de cet ouvrage : un vendu chez Sotheby’s (avec « La Rochelle » sur la page de titre, mais avec un tirage indéterminé, sans la dernière page blanche, vendu en 1963), un autre exemplaire chez Sotheby’s en 1965 (sans le nom « La Rochelle », relié en cuir de veau d’époque mais incomplet, sans l’index et l’errata), et un dernier exemplaire chez Bloomsbury en 2009 (avec le nom « La Rochelle », relié en cuir de veau moderne, sans la dernière page blanche). Le présent exemplaire est donc le seul que nous ayons pu retrouver dans une reliure en vélin souple d’époque et complet avec l’index, l’errata et la dernière feuille blanche.
Petites taches et restaurations occasionnelles dans les marges. Légers dégâts causés par l’eau sur les dernières sections. Petites traces de moisissure sur les marges inférieures des dernières pages.
Provenance : Rubens Borba Alvens de Moraes (ex-libris) – Pimenta Camargo (ex-libris, avec sa devise « Constantia et Fortitudine »).





Du lundi au samedi
10h – 13h et 14h30 – 19h
(18h les lundi et samedi)
© 2023 Tout droit réservé.