BOCCACCIO Giovanni De mulieribus claris.

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Venise, Giovanni Tacuino, 6 mars 1506

In-4 (202 x 144 mm) de 154 feuillets (A6, B-T8, V4). Maroquin rouge, triple filet d’encadrement sur les plats, roulette intérieur, dos à nerfs orné, tranches rouges mouchetées (reliure moderne).

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Bacchi della Lega, pp.22-23. ; Essling 1505 ; Sander 1088; Dusio, Cristina « De mulieribus Claris del volgarizzamento di Antonio di San Lupidio » in Dal Testo all’Opera, 2017, pp.13-26.

Première édition en italien du premier ouvrage exclusivement consacré à des femmes célèbres. Illustré de 105 belles gravures sur bois.

Composé par Boccace vers 1361-1362, ce recueil de portraits est le premier consacré aux femmes remarquables : femmes historiques, bibliques, mythologiques, d’Ève à Jeanne de Jérusalem, de Cléopâtre à la papesse Jeanne, Boccace évoque des femmes illustres certes, mais pas forcément toutes vertueuses. Dans sa préface, il présente ce corpus comme la contrepartie du De viris illustribus, le recueil de biographies de grands hommes de Pétrarque.

Circulant sous forme de manuscrits, latins, italiens, français, ce recueil de portraits féminins était alors un ouvrage très populaire. Christine de Pisan s’en inspira elle-même en 1405 pour son anthologie de femmes talentueuses et vertueuses, le Livre de la Cité des Dames.

Cette première traduction imprimée en italien est due à Vincenzo Bagli dont la biographie reste mal documentée. Bagli était sans doute un humaniste du cercle de la riche famille Baglioni de Pérouse, l’ouvrage est d’ailleurs dédié à Lucrezia Baglioni, fille de Ridolfo del Baglioni, Seigneur de Pérouse.

Imprimée en caractères ronds, cette belle édition vénitienne est illustrée d’une grande vignette de titre (113 x 95 mm) représentant le triomphe des femmes célèbres, avec Lucrèce en tête du char tirés par deux griffons, et 104 gravures sur bois (60 x 73 mm) de portraits féminins isolés, en pieds, et certaines avec leurs attributs.

On observe non seulement la répétition de certains bois (par exemple, une femme nue tenant une pomme est utilisée pour incarner Ève puis indifféremment Vénus), mais aussi un souci d’économie supplémentaire : certains bois ont été évidés pour permettre l’insertion de têtes interchangeables sur des corps différents, ou inversement. Il est étonnant de rencontrer de tels procédés dans un ouvrage de cette catégorie, par ailleurs d’une impression soignée.

« Boccace est le premier à consacrer, avec son De mulieribus claris, un recueil biographique aux femmes. Ce choix est d’autant plus significatif que Pétrarque venait de transférer au domaine historique, avec son De viris illustribus, le modèle du De viris de saint Jérôme. Pour Pétrarque, les hommes protagonistes de l’histoire romaine sont des exemples, et méditer sur leur vie doit conduire le lecteur à imiter leur vertu. L’histoire dans sa forme biographique (puisque le De viris est essentiellement une réduction de Tite-Live sous forme de biographies) a une valeur éducative. Au contraire, en choisissant pour son De mulieribus claris des femmes qui ne sont pas toutes des modèles de vertu, mais qu’il juge remarquables et exceptionnelles, et par là mémorables, Boccace transforme profondément le modèle du De viris illustribus en faisant prévaloir, au moins en partie, les finalités historiographiques et narratives sur celles exemplaires. Son écriture biographique subit l’influence du Décaméron où le genre du récit bref dépasse la logique de l’exemplum en présentant un fait remarquable dans son ambiguïté morale, offrant ainsi au lecteur la possibilité de juger par lui-même. Il en résulte une ambivalence qui n’est pas sans rappeler celle des Cent nouvelles : le De mulieribus claris, œuvre de défense de la femme, contient de nombreux topoi du discours misogyne et antiféministe. Nous y trouvons à côté de femmes fortes, entreprenantes, vertueuses ou courageuses, des femmes lâches, soumises aux désirs sensuels ou manipulatrices. »

(Bartuschat, Johannes. « Un panthéon de femmes exemplaires. Giuseppe Betussi, Boccace et les femmes illustres au xvie siècle ». In : Panthéons de la Renaissance, Élisabeth Crouzet-Pavan et al., Publications de l’École française de Rome, 2021).

Provenance : Ing. Roberto Almagia (1884-1962), géographe et enseignant à l’Université de Rome de 1915 à 1959 (ex-libris).

Quelques rares rousseurs et salissures ; coupé un peu court en tête.