BERGSON Henri Durée et Simultanéité, À propos de la théorie d’Einstein.

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Paris, Félix Alcan, 1922

In-8 (186 x 119 mm) de viii pp., 245 pp. Broché. 

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Avec envoi à Marcel Brillouin, Le défenseur d’Einstein pour le prix Nobel de 1922

Biezunski,M. Einstein à Paris, Presses universitaires de Vincennes, 1991 ; Compagnon, A. & Surprenant, C. « Colloque « Einstein au Collège de France » », La lettre du Collège de France, 44,  2019, 64-65 ; Eisenstaedt, Jean, The Curious History of Relativity : How Einstein’s Theory of Gravity was Lost and found again, Princeton University Press, 2006, p.260.;  Fric, J. « Painlevé, une contribution trop originale à la relativité générale pour avoir été comprise à l’époque ! », Bibnum, 2014. ; Lambert, F.J. Internationalisme scientifique et révolution quantique : les premiers Conseils Solvay », Revue germanique internationale, 12 | 2010, 159-173. Pais, A. “How Einstein Got the Nobel Prize: Why Did the Nobel Committee for Physics Wait so Long before Giving Einstein the Prize, and Why Did They Not Award It for Relativity?” American Scientist, vol. 70, no. 4, 1982, pp. 358–65. 

 

Édition originale avec envoi de l’auteur « à mon cher confrère Marcel Brillouin »

Bergson publia cet ouvrage à la suite du débat qu’il a avec Albert Eistein à la Société Française de Philosophie au Collège de France le 6 avril 1922. Si les idées de Bergson étaient sans doute en germes avant leur rencontre, le débat sembla être un catalyseur.

Plusieurs points des théories d’Einstein furent abordés lors de cet évènement, ou plusieurs philosophes s’expriment. A la fin de la session Bergson prend la parole à l’initiative d’Édouard Le Roy et commence par témoigner son respect au scientifique : « je commence par dire à quel point j’admire l’œuvre de M. Einstein. Elle me paraît s’imposer à l’attention des philosophes autant qu’à celle des savants. Je n’y vois pas seulement une physique nouvelle, mais aussi, à certains égards, une nouvelle manière de penser. ».

Bergson ne rejette pas la théorie de la relativité d’Einstein, mais il s’interroge sur « la signification philosophique des concepts » et la place de l’intuition que la théorie du scientifique allemand compresser jusqu’à lui faire renoncer à sa durée.

Einstein lui répond, en insistant sur le temps psychologique qu’il met au-devant d’un temps philosophique : « La question se pose donc ainsi : Le temps du philosophe est-il le même que celui du physicien ? Le temps du philosophe, je crois, est un temps psychologique et physique à la fois ; or le temps physique peut être dérivé du temps de la conscience. […] rien dans notre conscience ne nous permet de conclure à la simultanéité des événements […]Il n’y a donc pas un temps des philosophes ; il n’y a qu’un temps psychologique différent du temps du physicien. »

Le débat de 1922 propose donc deux conceptions du temps : pour Einstein, seul le temps mesurable est réel, et l’intuition subjective n’est que psychologie. Pour Bergson, le temps mesuré présuppose la durée vécue, sans laquelle il n’a pas de sens. Son ouvrage Durée et Simultanéité est une tentative de montrer que la relativité restreinte, bien comprise philosophiquement, ne contredit pas la durée mais l’exige.

Si Einstein séjourna en France en 1922, c’est grâce à Paul Langevin qui l’invita à donner une série de conférence au Collège de France entre le 31 mars et le 7 avril concernant sa nouvelle théorie de la relativité. Le scientifique allemand s’exprimant alors en français eut une attitude à la fois didactique et argumentative, ouverte au débat et aux contradictions. C’est dans ce contexte que se place la rencontre avec Bergson mais aussi avec Brillouin qu’il avait déjà fréquenter auparavant.  

Einstein ne donna pas que des conférences lors de son voyage, il participa aussi à des ateliers et discussions entre spécialistes. Ces séances, plus techniques, sont réservées à un panel de scientifique dont Brillouin faisait partie.

Ce dernier n’était pas uniquement spectateur mais bien acteur des discussions. Alors que Painlevé, demandait à Einstein des précisions sur les grandeurs mesurables physiques, le débat s’anima et la cacophonie se fit sentir dans la salle. Seul Brillouin réussit alors à rétablir l’ordre en allant inscrire ses contributions sur un tableau.

Brillouin était un admirateur et confrère d’Einstein, qui assista à toutes ses séances scientifiques à Paris en 1922 mais aussi très probablement à celle plus philosophique où Bergson intervenait.

Brillouin et Einstein se rencontrèrent en Belgique en 1911 au tout premier Conseil de Solvay. Ce congrès international de physique, réunit 21 des physiciens les plus réputés d’Europe, Marcel Brillouin y représenta la France aux côtés de Marie Curie et d’Henri Poincaré. A la suite de cette rencontre, Brillouin fut nommé membre du Comité international de l’Institut international de Physique Solvay, ce qui renforca sa position sur la scène scientifique européenne et ses liens avec Einstein. Par ailleurs, l’exemplaire du Collège de France (cote : 11127) du rapport du Conseil de Solvay de 1911 comporte de nombreuses notes manuscrites de Brillouin qui commentent la démonstration d’Einstein.

Cette fidélité à son confrère allemand connut son apogée en 1921, alors que Brillouin désigna Einstein comme premier choix pour recevoir le prix Nobel de physique. Il déclara même dans une lettre du 12 Novembre 1921 adressé à la Kungliga Vetenskapsakademien qui organisait le Prix Nobel : « Imaginez un instant quelle sera l’opinion générale dans cinquante ans si le nom d’Einstein ne figure pas sur la liste des lauréats du prix Nobel »

Brillouin écrira également en 1923 un article intitulé « Les points singuliers de l’univers d’Einstein » pour le Journal de Physique et le Radium.

Cet exemplaire est le point de convergence d’un triangle intellectuel remarquable : Bergson y répond à Einstein, dont Brillouin est l’un des plus ardents défenseurs depuis le Conseil Solvay de 1911. En adressant cet ouvrage à son « cher confrère », le philosophe cristallise en un seul objet trois figures majeures de 1922, dont les réflexions sur la physique et le temps eurent un impact indéniable.

Dos fragile avec papier brisé en plusieurs endroits.

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