VENDU
In-folio (290 x 189 mm) de 12 ff.n.ch. [¶ 6– ¶ ¶6], 259 ff., 3 ff.n.ch [Xx2-4]. (Tables). Maroquin brun, dos à nerfs orné, double encadrement de filets dorés et à froid ornant les plats avec fleurons d’angles dorés et médaillon losangé d’entrelacs doré au centre, tranches dorées (F. Bedford).
1 en stock
USTC 507051; Pforzheimer 41; Pompen 30.2 ; Olive Classe, « Sebastian Brant » in Encyclopedia of Literary Translation into English, 2000.
Deuxième édition en anglais de la satire de Brant raillant les vices de l’humanité, qui comprend également la version latine de Locher et des reproductions des gravures sur bois originales de Brant datant de 1494, inspirées de Dürer. Cette édition a remis au goût du jour l’allégorie du « Navire des fous » en Angleterre.
La série de gravures sur bois a été utilisée pour la première fois dans la première édition anglaise extrêmement rare de Richard Pynson, datant de 1509, qui, »with the exception of two or three, are very well preserved » (Pforzheimer). Toutes les gravures, sauf sept, ont été copiées à partir de l’édition française de Pierre Rivière de 1497, qui à son tour s’inspirait des gravures d’Albrecht Dürer et d’autres artistes de la première édition bâloise de 1494.
L’idée d’un navire sans pilote rempli d’humains irrationnels trouve son origine dans le Livre VI de La République de Platon. Le poème didactique de Brant, composé en haut allemand et publié pour la première fois sous le titre Das Narrenschiff, est le traitement littéraire le plus célèbre de ce thème. Le navire fait route vers Narragonia, un « paradis des fous ». Plus de 100 courts chapitres, chacun consacré à une forme particulière de folie (y compris les vices et les crimes), sont illustrés par une gravure sur bois. Il s’intègre également à une tradition anglaise. John Lydgate expose une confrérie de fous incarnant des vices dans son poème Order of the fools, datant du début du XVe siècle (c.1410-1420). L’œuvre fut un best-seller de la Renaissance, avec 26 éditions différentes publiées avant 1500, dont la première traduction latine par Jacob Locher en 1497 et la première traduction française par Pierre Rivière en 1497.
La traduction du poète écossais Alexander Barclay (c.1476-1552) s’inspire principalement des versions de Locher et Rivière. Il s’agit de « proverbes, d’exempla et d’envois exhortatifs », écrits en strophes chauceriennes et dans un anglais généralement simple. Le style homilétique populaire signifie que, malgré le fait qu’il n’ait presque certainement jamais lu le texte de Brant de première main, l’esprit de l’œuvre de Barclay est probablement plus proche de celui de l’original allemand que de celui du latin cultivé de Locher » (Classe, p. 178).
L’oeuvre permis à Barclay “to mount attacks on a range of contemporary social groups and practices: attacks which accord with traditions of social criticism going back to the fourteenth century, while reflecting some of the concerns of humanist writers in the early sixteenth. His targets included fond parents and ungrateful children, inconstant and evil women, all who wore extravagant clothes, pluralist clergy, ignorant gentlemen, avaricious merchants, corrupt lawyers and physicians, riotous servants, and sturdy undeserving beggars. He also took the opportunity to settle some private scores. » (ODNB).
La traduction par Barclay de l’ouvrage de Mancini intitulé The Mirror of Good Manners (publié pour la première fois en 1523) et la première édition complète des Eclogues de Barclay, auparavant disponibles uniquement en éditions séparées, sont également imprimées à la fin du volume. Pforzheimer note que ce livre est « of considerable interest and value because of the Eclogues appended, the original editions of which are exceedingly rare ».
Barclay utilise également Nefs des Fous pour faire résonner le texte avec la culture anglaise. En plus des références géographiques anglaises qui apparaissent de temps en temps dans le texte, il cite le légendaire Robin des Bois (feuillet 23, 183 et 259). L’épopée est évoquée dans une opposition à la Bible lors du chapitre consacré aux athées. Barclay adresse une critique aux lecteurs préférant les histoires amusantes à la solennité du texte religieux.
« The holy Bible grounde of truth and of lawe,
Is nowe of many abiect and nought set by
Nor godly scripture is not woorth an hawe:
But tales are loued ground of ribaudry
And many are to blinded with their foly,
That no scripture thinke they so true nor good
As is a foolishe iest of Robin hood.”
(Of contempts or despising of holy Scripture, f.23)
Toutefois Barclay n’est pas le seul à prendre des libertés avec la version allemande. La version latine présentée dans notre édition et à partir de laquelle Barclay établit sa traduction, comporte déjà des altérations. Jacob Locher dit Philomusus (1471-1528) transcrit le texte en 1497 en l’épurant des éléments les plus grossiers, et en y ajoutant des thèmes plus polémiques.
La Nef des fous, et sa traduction par Barclay sont profondément ancrés dans leur temps. Le sujet est à la fois licencieux, permettant l’exploitation d’un thème ambivalent tout en mettant à distance l’inquiétude du monde dans un récit. Le fou incarne un personnage double, il fait à la fois écho à la dérision et au ridicule, mais permet aussi de mettre en perspective la déraison du monde.
« avec Brant, avec Érasme, avec toute la tradition humaniste, la folie est prise dans l’univers du discours. Elle s’y raffine, elle s’y subtilise, elle s’y désarme aussi. Elle change d’échelle ; elle naît dans le cœur des hommes, elle règle et dérègle leur conduite ; quand bien même elle gouverne les cités, la vérité calme des choses, la grande nature l’ignore. » (Foucault, Histoire de la Folie à l’âge classique, 1977, p.29.)
Titre lavé et sali. Trou de vers mineurs tout au long du volume, restaurés sur certain feuillet. Feuillet 99 mal chiffré 96, f. 200 mal chiffré 100, f 201 mal chiffré 205 comme dans les exemplaires numérisés.
Provenance: le pasteur John Mitford, formé à Oxford (1781-1859, vignette ex-libris gravée sur cuivre conservée).
Ce dernier écrit 2 feuillets de notes en anglais préliminaire à l’ouvrage. Des notes à l’encre brune datées de 1819, et une addition de la même main à l’encre noir datée juillet 1826. Les notes s’attardent sur les éditions du texte, sur Alexander Barclay en mentionnant notamment des bibliographies comme le Theatrum poetarum anglicanorum de Phillips ou encore sur des citations précises des textes de l’ouvrage.





Du lundi au samedi
10h – 13h et 14h30 – 19h
(18h les lundi et samedi)
© 2023 Tout droit réservé.